Claude Tarnaud
message de Petr Král à Gibbsy et Pierrille Tarnaud (janvier 2010)

Un poème de Claude Tarnaud vient de paraître en tchèque. La revue Analogon, sous-titrée « Surréalisme – Psychanalyse – Anhropologie – Sciences diagonales », le publie dans son numéro 58/59, où il fait partie d’un choix de poèmes surréalistes sélectionnés et traduits par Petr Král. Le texte est paru en français dans le n° 3 de Postscriptum publié à Auribeau par Michael Kopp et dont l’ensemble, conçu par Cédric Demangeot, fut consacré à son auteur. Voici la traduction tchèque :

   *** 

Míjíš v taxíku přídě velkých zaoceánských
lodí rozzářených hned jak se setmí

přelétáš co cizinec
rozlohu vlastního chápání
široká gesta

A zavřeš-li oči
hluk větru se měří tak
že mocninu rychlosti znásobíme pí

To je čemu se říká
Velké Varhany

A ty jdeš poslouchat jak Thelonious Monk
zapomíná prázdné sklenice
v drátěnce piána

Tu passes en taxi sous la proue des grands
transatlantiques embrasés dès la nuit tombante

tu survoles étranger
ton propre entendement
gestes larges 

Et si tu fermes les yeux
le bruit du vent se mesure
en multipliant par pi le carré de la vitesse

C’est ce qu’on appelle les
Grandes Orgues 

Et tu vas écouter Thelonious Monk
oublier des verres vides
dans le sommier d’un piano à queue


Note du traducteur

   On peut dire que les écrits de Claude ont deux versants : celui du compte rendu et celui du lyrisme. Le lyrisme lui-même, il est vrai, tient du compte rendu, en ce sens que les images, loin de tout décorativisme, ne cherchent qu’à mettre en évidence les rapports analogiques entre les choses. Reste que liées qu’elles sont à une écriture extrêmement subtile, ces images peuvent parfois sembler précieuses ; pour mieux distinguer Tarnaud de poètes beaux-parleurs, j’ai donc opté pour un texte sobre, fait de simples suggestions à l’état brut, où l’aspect compte rendu apparaît d’une façon exemplaire, à nu. La sobriété du texte vient aussi de son côté urbain, qui m’est personnellement plus proche que les évocations de la nature (de préférence tropicale) où, dans toute l’œuvre de Claude, la ville trouve son contre-poids, pour ne pas dire son anti-thèse...